Le préfet Leblond a semé la confusion auprès du
Ministre des Ressources naturelles du Québec!
de André Ouellet, ami(e)s de la rivière Trois-Pistoles
Toutes les citations de ce texte proviennent de la transcription des débats de la commission parlementaire de l'économie et du travail sur le site internet de l'Assemblée nationale du Québec.
Lors de la présentation du mémoire de la MRC des Basques sur son projet de barrage hydroélectrique, le 8 mars 2005, l'aménagiste de cette même MRC, M. Benoit Rheault disait : « Donc, notre projet est situé sur un site exceptionnellement favorable. Notre mémoire mentionne qu'il est situé le long d'une rivière qui est historiquement aménagée et harnachée pour le développement régional. » Un peu plus loin il ajoute : « Donc, autrefois, il y avait des activités de drave sur la rivière, il y avait plusieurs moulins à scie puis on va illustrer ça avec trois photos. Premièrement, à l'endroit actuel de l'usine Tembec autrefois, comme vous le voyez sur la photo, il y avait un grand moulin à scie et même un barrage à l'endroit actuel où, nous, on veut réaliser un. » Il semble parler à ce moment-ci du Moulin du Sault de W. Tobin qui était en opération de 1890 à 1936. Il poursuit : « Ensuite, 3 km en amont, il y a un barrage, un ancien barrage qui existe, aujourd'hui il a principalement une vocation récréotouristique et une vocation patrimoniale aussi. » Il parle ici du barrage au bout du deuxième rang ouest et c'est pour ce même barrage qu'Hydro-Québec à donné à notre MRC $25,000. par erreur. Cette somme a pourtant servi à défrayer les coûts du référendum. Malheureusement, lors de la recherche notariale, HQ s'est rendu compte que ce dit barrage ne lui appartenait pas, les titres étaient libres de droit. Vont-il, un jour, demander un remboursement à la MRC? M. Rheault continue : « Et une vingtaine de kilomètres en amont, toujours sur la rivière Trois-Pistoles, on retrouve un autre barrage, de type déversoir, comme notre projet d'ailleurs, situé à St-Clément, près du moulin des Beaulieu. Aujourd'hui, le moulin n'est plus en fonction mais, il y a quelques années, il produisait encore un peu d'électricité. » Remarquez ici, l'importance de cette dernière affirmation, production d'électricité.
Vers la fin de la présentation de la MRC, suite à une question du député de Vanier sur les éléments vraiment négatifs du projet, le préfet Leblond répondait et je le cite : « De toute façon, là, on vous l'a présenté honnêtement. Vous avez la station de pompage, vous avez la vieille usine qui est là, vous avez un mur de béton qui est dans la rivière. Le barrage a été mis là en simulation pour voir ce que ça… » Il n'a pas terminé sa phrase comme c'est souvent le cas.
Le lendemain, soit le 9 mars dernier, M. Sébastien Rioux, originaire de Trois-Pistoles témoignait devant cette même commission parlementaire. En préambule, pour comprendre que M. Rioux n'avait pas eu accès aux propos des représentants de la MRC de la veille. Je cite M. Rioux : « Mon mémoire devait se terminer là, mais il y a une grosse nouvelle qui circulait dans les médias au Bas-St-Laurent, qui a été annoncée hier (8 mars 2005) , c'est que le préfet Leblond qui est venu vous voir hier se lance dans la production d'éoliennes. Et il a annoncé son projet hier en même temps qu'il venait. Je ne sais pas s'il vous en a parlé, j'aurais aimé être un petit oiseau pour voir de quoi il parlait. » Il ne connaît donc pas ce qui s'est dit lors de la présentation de la MRC.
Plus loin, lors du témoignage de M. Rioux, le ministre Pierre Corbeil parle de cette présentation de la MRC des Basques et je le cite : « Dans la présentation qui nous a été fait hier, on ne parle pas d'installer quelque chose qui n'avait jamais existé. C'était un site industriel, c'est un site qui a déjà été aménagé pour faire de la production hydroélectrique. » Voilà que la confusion, créée par la présentation de la MRC des Basques, s'installe tranquillement. Tout le monde sait qu'il n'y a jamais eu de production hydroélectrique au Moulin du Sault (1890 – 1936). Et le ministre continue : « On veut en quelque sorte… pas restaurer, parce que c'est assez comment je pourrais dire cela? pas nécessairement réutilisable, là, mais il y a encore des installations qui sont là. » Il parle de restauration, de pas réutilisable, d'installations qui sont là, pourrait-il avoir en tête la photo des ruines du barrage du deuxième rang qu'il a vu la veille? Peut-être le barrage de St-Clément? De quelles photos s'agit-il? Y a t-il plus que trois photos tel que l'a mentionné M. Rheault précédemment. Et M. Corbeil continue : « Je comprendrais peut-être la position que vous défendez, si on parlait d'harnacher une rivière qui n'avait jamais eu d'installation dessus. Mais là, il y en a déjà eu. Alors. »
M. Sébastien Rioux répond textuellement : « …pas de quelle installation vous parlez. »
M. Corbeil : « Bien, il y a… »
M. Rioux : « Il y a un ancien barrage désaffecté des années trente. »
M. Corbeil : « Oui, exactement. »
M. Rioux : « Exactement. »
Exactement, la confusion est maintenant totale. Le ministre vient de confirmer qu'il parle du barrage du deuxième rang (restauration, pas nécessairement réutilisable) et pense que ce dernier est situé sur le site même où notre MRC veut construire un nouveau barrage hydroélectrique. Également, il y a peut-être confusion avec le barrage simulé du diaporama de la MRC qu'ils ont présenté précédemment. Même M. Sébastien Rioux, qui connaît pourtant très bien l'endroit, ne sait plus de quoi parle le ministre. Mais tout ça, n'est pas passé inaperçu!
Le 23 mars dernier, la Fondation Rivières témoignait elle aussi devant cette même commission. Le co-directeur de la fondation et ingénieur M. Alain Saladzius, qui connaît très bien le dossier de la rivière Trois-Pistoles soit dit en passant, déclarait ce qui suit : « C'est ainsi que les citoyens de Trois-Pistoles, dont vous voyez une photo à l'écran, sont mobilisés pour défendre l'intégrité d'une section de la rivière, l'endroit qu'ils fréquentent pour les piques-niques, la baignade, les randonnées pédestres et cyclistes. On y est au paradis, au bord de la rivière. Nous tenons à rectifier la perception qui s'est dégagée du témoignage de la MRC des Basques. Le promoteur dépeint la réalité lorsqu'il insiste pour qualifier le site de secteur industriel et souligner la présence d'un vestige d'un barrage pourtant à des kilomètres de distance. » La confusion crée lors de la présentation de la MRC chez les parlementaires venait d'être relevé par M. Saladzius. Il voulait rectifier la confusion avec le vieux barrage du deuxième rang.
Mais pas encore totalement! Un peu plus loin, le ministre Corbeil demande ce qui suit : « Est-ce qu'on pourrait utiliser le potentiel hydroélectrique sur notre territoire à partir d'installations qui sont déjà existantes? » Après avoir utilisé comme exemple les barrages Pont-Arnaud et Chute Garneau au Saguenay, le ministre Corbeil revient sur la Trois-Pistoles : « Les gens de la rivière-Trois-Pistoles, c'est les sites d'un ancien barrage, des infrastructures qui avaient été mises à ce moment-là, à un moment donné, pas loin d'un territoire. » Parle t-il encore une fois du barrage du deuxième rang, de quelles installations existantes? Tous savent qu'il n'y a pas d'installations existantes sur le site projeté par le préfet Leblond, sauf la simulation sur la photo!
En réponse au ministre des ressources naturelles, M. Saladzius comprend très bien qu'il y a encore confusion et explique la position de la Fondation Rivières sur les barrages existants. Il répond ceci : « Quand il y a un barrage existant puis l'eau tombe sans qu'elle soit turbinée, c'est du gaspillage, là. Je veux dire, on est quand même ouverts à discuter de tout ça. Dans le cas de la Trois-Pistoles, je veux vraiment rectifier, la première photo que je vous ai montrée, c'est l'endroit où est prévue l'implantation de la petite centrale. Actuellement, il n'y a pas de barrage à cet endroit-là, O.K.? » Il n'y a pas de barrage à cet endroit, c'est clair et c'est la vérité n'est-ce pas? Tous les gens des Basques le savent!
M. Leblond avait-il tenté de rendre confuses les informations sur le site de son projet de barrage hydroélectrique? Pourquoi les représentants de la MRC avaient-ils utiliser une photo avec simulation de barrages et des photos des barrages en ruine du deuxième rang (Trois-Pistoles) et de St-Clément? Avaient-ils conscience que ce diaporama créerait de la confusion chez les parlementaires? Mais une chose est certaine, c'est que maintenant le ministre des ressources naturelles du Québec sait que dans la réalité, il n'y a pas de vieilles installations hydroélectriques à cet endroit et c'est ce qui compte.